M. Pavelyn me fit porter dans la cuisine, parce que cette pièce était très-éloignée de la chambre à coucher de sa fille. On apporta des literies, on me déshabilla, et on me couvrit d'épaisses couvertures de laine. Le docteur arriva enfin, et employa des remèdes énergiques pour ramener la respiration et le pouls, qui avait cessé de battre. Il réussit enfin après de longs efforts. Je commençai à faire quelques mouvements, et j'ouvris les yeux. Mais je n'entendais ni ne voyais, et, quoique l'on pût dire à mon oreille, ou quelques signes que l'on me fit, je ne montrais aucune connaissance de ce qui se passait autour de moi. Alors seulement M. Pavelyn envoya une servante dire à mes parents, avec toute la prudence possible, que j'étais tombé dans l'eau, et que le froid et la frayeur m'avaient un peu dérangé.

Mes parents, craignant un plus grand malheur, accoururent au château. En me voyant en vie, ils eurent la force de surmonter leur angoisse, et exigèrent qu'on me portât dans leur demeure, pour être soigné là.

Mon père m'enveloppa dans un drap de lit et dans une couverture de laine, m'emporta à la maison dans ses bras, et me mit dans mon lit.

Grâce aux médicaments prescrits par le docteur, une violente réaction s'opéra en moi, et je fus saisi d'une fièvre qui menaça mes jours pour la seconde fois. Le docteur craignait que la chaleur de mon sang ne produisît un transport au cerveau, et ne mît brusquement fin à mes souffrances.

Je restai dans cet état jusqu'après minuit; alors la fièvre me quitta peu à peu, et je tombai bientôt dans un profond sommeil. Le docteur déclara que le plus grand danger était passé, et il crut pouvoir affirmer que l'accident n'aurait pas de suites fâcheuses pour moi. Ma mère et ma soeur aînée restèrent seules à veiller à mon chevet.


VI

Lorsque j'ouvris les yeux le lendemain, assez tard dans la matinée, j'aperçus avec stupéfaction le doux visage de Rose, qui était assise à mon chevet et tenait ma main dans la sienne.

C'était donc bien sa voix qui, en murmurant à mon oreille: «Pauvre petit Léon!» m'avait réveillé de mon long sommeil. Et d'un coup d'oeil rapide, j'aperçus aussi mes parents, mes deux soeurs, la bonne de Rose et une voisine.

D'abord je ne me rappelai rien de ce qui s'était passé, et je regardai ma protectrice avec stupeur, comme pour lui demander pourquoi elle était ainsi assise près de mon lit.