—Sois tranquille, bon Léon, me dit-elle, tu seras bientôt guéri; mais nous ne jouerons plus jamais près de l'étang.

Alors la mémoire de ce qui était arrivé me revint tout à coup; et un cri triomphant souleva ma poitrine, et je m'écriai, avec le rire d'une joie étourdie:

—Rose! vous vivez!... Ce rêve....

Il parle, il a parlé! s'écrièrent mes parents en accourant auprès de mon lit, les bras levés.

Moi, plus surpris qu'eux-mêmes en entendant mes propres paroles, je frémis et je tins la bouche close, de crainte qu'un second effort ne vînt de nouveau prouver mon impuissance, et ne me frappât du plus cruel désenchantement.

Mon père m'embrassa avec émotion.

—Léon, mon pauvre fils, oh! parle, parle encore, pour que je puisse remercier le bon Dieu, en toute confiance, de ce bienfait inattendu.

Sans détourner mon regard de Rose, je murmurai encore tout étourdi:

—Parler? Oui! Rose ... l'eau.... Pas morte.... Heureux, heureux!...

La petite fille frappa dans ses mains avec joie; mes parents pleuraient et adressaient au ciel leurs actions de grâces. Pendant ce temps, je prononçais, avec une volubilité fiévreuse, une foule de mots sans signification et sans suite, uniquement pour entendre encore le son de ma voix et m'assurer que, cette fois, le don de la parole m'était définitivement acquis. Ceux qui m'entouraient ne paraissaient pas moins étonnés que moi du babil embrouillé qui tombait de mes lèvres, et tous me considéraient avec une bienheureuse surprise, comme si un miracle s'opérait devant leurs yeux.