Enfin Rose se mit à raconter comment nous avions joué ensemble dans le jardin du château, comment j'avais sauté dans l'étang, et comment nous avions été retirés de l'eau tous les deux, par un domestique.

Mes parents, après un premier épanchement de joie, ajoutèrent quelques explications au récit de Rose, et j'appris ainsi tout ce qui s'était passé la veille.

J'avais risqué ma vie pour sauver la vie à Rose! Elle m'aimait pour cela, disait-elle, et ses parents m'étaient reconnaissants de ma reconnaissance et de mon courage. Je m'étais rendu digne de la protection de M. Pavelyn; cet événement m'avait rapproché de Rose ... et, eu outre, Dieu, sans doute pour me récompenser, m'avait doué de la parole et m'avait tiré de mon abaissement moral. J'étais si fier et si joyeux que mes yeux étincelaient d'orgueil.

J'avais encore un peu de peine à parler, et souvent mon langage était confus. Je savais bien dire les substantifs, les noms des choses et des personnes; mais l'enchaînement et la construction des mots m'embarrassaient.

Ma maladie avait eu si peu de suites, que, dès que le calme fut rentré dans mon esprit, je témoignai un grand désir de manger, et je demandai une tartine. Ma mère m'apporta un peu de pain émietté dans du lait, et il fallut me contenter de cela, quoique j'eusse assez grand'faim, me semblait-il, pour dévorer un pain de seigle tout entier. A mon désespoir, on ne me permit pas non plus de me lever, parce que le docteur l'avait défendu.

Rose causa lentement avec moi, et s'efforça, par mille démonstrations amicales, de me témoigner sa reconnaissance. Sitôt que je serais tout à fait guéri, nous irions jouer encore dans le beau jardin du château; mais je ne devais plus avoir peur de l'eau, parce que le jardinier était déjà occupé à entourer l'étang d'une palissade à claire-voie et à construire sur le pont un nouveau garde-fou d'une solidité très-rassurante.

L'aimable petite fille me quitta au bout d'une bonne demi-heure, pour aller annoncer à ses parents l'heureuse nouvelle de ma guérison. Elle revint dans l'après-midi, et m'apporta deux ou trois verres de gelée de framboise et de groseille, si rafraîchissante et si douce, que je ne me rappelais pas avoir jamais goûté rien de si bon.

Lorsqu'elle fut retournée chez elle, le docteur vint, qui dit que je pouvais me lever et commencer à manger peu à peu. D'après son opinion, j'étais tout à fait guéri.

Je passai toute la soirée de ce jour-là assis alternativement dans le giron de ma mère et sur les genoux de mon père, et je dus parler, parler encore et toujours, pour les charmer par le son de ma voix.

Lorsque ma mère m'eut couché dans mon lit avec une croix au front et un dernier baiser sur les lèvres, je m'assoupis tout doucement, et les songes les plus agréables, les plus heureux, bercèrent mon sommeil.