VIII
Le maître d'école était fier de mes progrès surprenants, dont il s'attribuait seul le mérite. En effet, il ne pouvait savoir quelle part considérable Rose avait prise à mon instruction.
Le brave homme me citait, à plusieurs lieues à la ronde, comme une preuve de son savoir et de son activité; et il s'ensuivit qu'il s'occupa de mon instruction avec un plaisir croissant et avec un soin tout particulier.
J'avançai si bien pendant cet hiver, qu'à la prière de mes parents je tins moi-même une classe dans notre maison, et que je devins le professeur zélé de mes frères et de mes soeurs.
Le printemps s'approchait petit à petit, et les arbres déployaient leur première verdure. Chaque jour, avant et après la classe, j'allais, jusque sur la grande route, voir si Rose ne venait pas encore.
Qu'elle restait longtemps absente! Les lilas avaient fleuri, et étaient déjà flétris. Les cerises commençaient à rougir, et le château, avec ses persiennes closes, restait encore silencieux et solitaire au milieu du beau jardin!
Un jour du mois de juin, pendant que j'étais assis sur un banc dans la maison du maître d'école, parmi les autres enfants, et que j'apprenais la leçon qu'on m'avait donnée, M. Pavelyn parut tout à coup au milieu de la classe. Je poussai un cri; et, tout tremblant, je tins les yeux fixés sur la porte, dans l'espoir de voir paraître encore quelqu'un; mais je fus trompé dans mon attente.
M. Pavelyn ne fit pas attention à mon émotion. Il causa un instant tout bas avec le maître d'école, et lui demanda probablement si j'avais fait des progrès, car il me fallut montrer immédiatement tous mes cahiers. On me fit lire en français et en flamand; on me fit faire une multiplication difficile; on me fit montrer les villes et les rivières sur une carte géographique; et M. Pavelyn lui-même me fit écrire en français quelques lignes qu'il me dicta à haute voix.
Lorsque j'eus subi toutes ces épreuves d'une manière satisfaisante, le père de Rose me tapa familièrement sur l'épaule, et me dit avec beaucoup de bienveillance: