—Tu as bien étudié, mon garçon! Je suis tout à fait content de toi. Tu as bien employé ton temps, et tu t'es montré reconnaissant des soins de ton maître. Continue ainsi.... Mais pourquoi me regardes-tu si singulièrement? Tu me demandes si Rose est arrivé au château? Je t'en parlerai tout à l'heure.

En achevant ces mots, il entra avec le maître d'école dans la maison, et me laissa livré à une incertitude pénible. Rose était-elle au château, oui ou non? Elle était malade, peut-être? Qu'est-ce que son père allait me dire d'elle?

Au bout de quelques instants, M. Pavelyn rentra dans l'école et dit:

—Viens, mon garçon, suis-moi: tu as congé pour ce matin.

Je le suivis hors de l'école. Chemin faisant, il se mit à me raconter que madame Pavelyn avait été très-souffrante cet hiver, par suite d'une inflammation des bronches. Elle était partie avec Rose pour Marseille, dans le pays où croissent les oliviers, pour s'y guérir de sa maladie de poitrine. A Marseille, madame Pavelyn avait un frère qui y avait fondé une maison de commerce. Rose devait passer quelques mois avec sa mère chez son oncle et sa tante. Rose n'était ni forte ni bien portante, et le séjour d'une contrée au climat si doux ne pouvait manquer de lui faire du bien.

C'est ce que je compris du récit de M. Pavelyn. Je ne répondis rien; mais mes yeux étaient mouillés de larmes retenues avec peine. Le père de Rose le remarqua et tâcha de me consoler, en m'assurant que sa fille serait de retour avant la fin de l'année, et que je pourrais encore jouer avec elle, pendant l'été, dans le jardin du château. Il me dit beaucoup de choses aimables, m'encouragea à étudier avec ardeur, pour être à même de commencer bientôt mon apprentissage de sculpteur; et il me fit entrevoir le bel avenir qui pouvait être la récompense de mon zèle. Puis il me donna à entendre qu'il viendrait rarement au château, et seulement pour quelques heures. Cependant il me permit d'aller chaque jour, après la classe, me promener avec mes parents et jouer avec mes frères et soeurs dans son beau jardin, tant que cela me ferait plaisir. En ce moment, M. Pavelyn n'avait pas le temps d'aller voir mes parents; mais je pouvais leur annoncer qu'il irait certainement leur faire une visite la première fois qu'il reviendrait à Bodeghem.

Après ces paroles bienveillantes, il posa sa main sur ma tête, et me dit:

—Va, mon garçon, amuse-toi jusqu'à midi; sois toujours sage et studieux: je resterai ton ami, et j'aurai soin que tu ne manques de rien en ce monde.

Il me quitta, et prit un chemin qui menait à la grande ferme.

La tête basse, et arrosant de mes larmes la poussière du chemin, je me traînai jusqu'à la maison, et je racontai à mes parents, avec les signes d'une véritable tristesse, tout ce que M. Pavelyn m'avait dit. Ils essayèrent de me consoler en m'objectant que quelques mois seraient vite passés, et qu'alors je reverrais certainement Rose. Enfin je me soumis à cette contrariété avec une sorte de résignation, et je m'appliquai avec plus d'ardeur qu'auparavant à l'étude des principes de la langue française.