M. Pavelyn revint plusieurs fois pendant l'été au château et à la maison de mes parents. Il se montra plein de bienveillance pour moi, et me fit même dîner deux fois avec lui; mais si bien qu'il me traitât, sa généreuse protection ne sut point adoucir la douleur que me causait l'absence de Rose.


IX

Un dimanche après midi, je me promenais sur la grande route à une demi-lieue de notre demeure. L'automne était déjà avancé, et les arbres commençaient à perdre leur feuillage.

Depuis un mois, j'avais le coeur gros comme si je ne devais plus revoir Rose. Mon courage était tombé tout à fait; un voile de tristesse et de chagrin avait assombri mon esprit; je ne pouvais plus étudier, et le maître d'école me reprochait tous les jours mon inexpliquable distraction.

Je ne pensais plus qu'à elle du matin au soir, et, même pendant mon sommeil, je versais souvent des larmes amères. Jusque-là, j'avais écouté les consolations de ma mère; j'avais espéré tant qu'avait duré le bon temps; mais maintenant que les feuilles jaunissaient sur les arbres, que les matinées froides annonçaient l'hiver, une douloureuse incertitude avait étouffé peu à peu ma dernière lueur da confiance. Elle ne viendrait plus cette année à Bodeghem,—et, même, la reverrais-je jamais?

Telles étaient les pensées qui me poursuivaient continuellement; et, quoique je fusse bien convaincu qu'en aucun cas elle ne pouvait revenir avant le printemps suivant, il y avait quelque chose, peut-être une espérance secrète, qui me poussait à aller me promener bien loin sur la grande route, comme si mon âme voulait s'élancer à sa rencontre.

Ce jour-là, j'étais assis au bord de la chaussée, le dos tourné vers une jeune sapinière, et, plongé dans mes tristes réflexions, j'effeuillais machinalement les fleurs jaunes des chrysantèmes, lorsque tout à coup le roulement d'une voiture attira mon attention. Je sautai debout avec un cri de joyeuse surprise. C'était bien la voiture de M. Pavelyn qui arrivait dans le lointain. Mais Rose y était-elle? Pourquoi y serait-elle cette fois-ci, puisque la même voiture était si souvent venue sans elle à Bodeghem?

Tandis que je demeurais immobile, flottant entre l'espoir et le doute, la voiture avait passé. Je n'avais pas vu Rose!... Mais tout à coup la glace de la voiture s'abaissa.

—Léon! Léon! cria sa voix douce.