Cependant je m'effrayai et m'affligeai extrêmement, lorsque je remarquai, vers la fin de l'été, que la respiration de madame Pavelyn devenait oppressée, et qu'elle toussait quelquefois.... Ma crainte se réalisa. Madame Pavelyn allait retourner à Marseille, chez son frère, pour y passer l'hiver. Donc, Rose ne reviendrait pas à la maison non plus; mais, l'automne suivant, on pourrait regarder son éducation comme tout à fait terminée, et alors elle reviendrait pour tout de bon à Anvers. Si la maladie de poitrine de madame Pavelyn n'était pas entièrement guérie alors, ce serait un signe que l'air du Midi n'y faisait pas grand'chose, et alors elle essayerait, à Anvers même, des remèdes plus efficaces.

Je me consolai de nouveau, autant que possible, du moins, et je m'efforçai d'oublier, ou plutôt d'adoucir mon chagrin par l'étude de l'art et la lecture de bons ouvrages.

A l'Académie, je modelais avec autant d'ardeur que de courage, d'après les belles statues que l'antiquité grecque a léguées à notre admiration. Dans l'atelier de mon maître, je m'exerçais à sculpter le bois et la pierre, et j'étais devenu fort habile dans cette branche.

Je n'abusais pas de la générosité de mes bienfaiteurs quoiqu'ils m'exhortassent à ne pas être trop économe, et à m'amuser parfois aussi avec mes camarades, comme le comporte la vie d'artiste, je modérais mes dépenses, et j'évitais de recourir à l'aide de mes protecteurs, comme si l'argent de ma mère suffisait à mon entretien.

M. Pavelyn avait une antipathie personnelle contre les artistes qui, par leur mise négligée, semblent attester leur manque de soin et leur ignorance des convenances sociales. Lorsqu'aux dimanches convenus, j'étais assis à table auprès de lui et qu'il remarquait dans mon costume quelque chose qui n'était pas convenable ou qui commençait à s'user, il le faisait immédiatement remplacer. Ajoutez à cela la régularité de mes traits, et vous comprendrez que je ressemblais plutôt à un fils de bonne famille qu'à un enfant de paysans, qui ne possédait rien au monde que la générosité de ses protecteurs.


XII

Depuis six mois j'avais passé de la classe des antiques dans la classe d'après nature, qui était alors le plus haut degré de l'enseignement à l'Académie d'Anvers. Encore une année, et mes études artistiques allaient être terminées.

Peu à peu s'éleva en moi un désir impérieux d'essayer dans la solitude de ma chambre ma force créatrice. Cent fois déjà j'avais ébauché en terre glaise les inspirations de ma fantaisie; mais ce n'était qu'un travail futile, destiné à être pétri de nouveau pour le modelage d'autres figures.

Cette fois, je voulais faire une oeuvre consciencieuse, lentement, en y appliquant toutes les forces de mon intelligence, et avec la perfection que mon savoir me permettait d'y donner.