Rose avait accepté jadis avec amour l'ouvrage informe d'un pauvre enfant, et allumé ainsi dans son coeur le feu sacré de l'amour des arts.

Maintenant, l'enfant était devenu un sculpteur, et il était assez confiant dans sa force pour mettre la main à une création spontanée.

A qui la première oeuvre de l'artiste pouvait-elle être destinée, sinon à celle qui était la cause unique et la source de son existence intellectuelle, de son génie et de son espoir?

Comme cette pensée me soumit! Elle m'aveuglait à ce point que, quoique mes études fussent encore incomplètes, je ne doutais pas que je ne parvinsse à produira un chef-d'oeuvre, et ce chef-d'oeuvre dont les formes n'étaient que confusément dessinées dans mon cerveau, je l'admirais et je l'aimais d'avance avec une passion extraordinaire et une foi profonde.

Rose devait revenir dans deux mois; je ne pouvais avoir achevé mon oeuvre en si peu de temps; mais l'anniversaire de sa naissance tombait à la fin du mois de janvier.

C'était une occasion pour lui faire cadeau du premier fruit de mes travaux, et ainsi j'aurais assez de temps pour réaliser mon projet avec le soin le plus minutieux. Je n'en dirais rien à personne, pas même à M. Pavelyn. La joie de mes bienfaiteurs serait d'autant plus grande si je pouvais les surprendre à l'improviste par une belle oeuvre d'art bien réussie.

Après avoir longtemps rêvé et réfléchi, après avoir examiné cinquante sujets, et en avoir ébauché presque autant en terre glaise, je me décidai enfin pour un groupe qui devait représenter la Protection, et je parvins, non sans une longue étude! à arrêter une composition définitive.

Sur un socle figurant un gazon était un enfant, un petit garçon, agenouillé, la tête courbée, et dans la posture d'une créature humble et qui a besoin de secours. Son bras s'appuyait sur le dos d'un agneau endormi, et sa houlette était à ses pieds.

A côté du berger, dans une attitude grave, se tenait un autre enfant,—une petite fille,—dont la main droite était posée en signe de protection sur la tête du petit garçon, tandis que sa main gauche s'étendait dans l'espace, comme si elle voulait dire:

—Prends courage! là-bas resplendit l'étoile de ton avenir.