Mais cette pensée consolante fut bientôt étouffée en moi par l'arrivée de deux dames—une mère et sa fille qui avaient appris le retour de mademoiselle Pavelyn, et n'avaient pas pu attendre plus longtemps pour lui présenter leurs souhaits de bonheur.

Je m'étais levé, et, par respect, j'avais fait un pas en arrière. Après avoir échangé un premier salut avec Rose et sa-mère, les deux dames me saluèrent également avec une amabilité toute particulière. Il y avait tant de cordialité dans leur sourire, qu'elles se trompaient évidemment sur ma personne et mes relations avec M. Pavelyn. Pendant que Rose parlait de son séjour à Marseille, pour satisfaire la curiosité de ces dames, celles-ci me considéraient avec un visible intérêt. La plus âgée surtout me quittait à peine des yeux, et m'adressait de temps en temps la parole pour me demander mon sentiment sur ce qui se disait. Elle paraissait éprouver pour moi de la sympathie et même un certain respect, car le moindre mot qui tombait de mes lèvres lui faisait incliner la tête avec une vive approbation.

Enfin elle manifesta ouvertement le désir de me connaître.

—Monsieur Wolvenaer est statuaire, dit Rose.

—Amateur? demanda la dame.

—Non, un véritable artiste qui a donné pour but à sa vie de travailler pour la gloire de sa patrie.

La vieille dame haussa les épaules, et répondit avec un étonnement mêlé de regret:

—Je me suis trompée; je croyais que monsieur était un cousin à vous.

Sa fille s'écria avec un sourire légèrement railleur:

—Ah! monsieur est artiste? On ne le dirait pas. Combien il y a d'artistes à Anvers aujourd'hui! Avant-hier, à la soirée de M. Decock, il y en avait bien cinq ou six!