Je restai longtemps en contemplation devant ma statue: je m'en rapprochais, je m'en éloignais; je tournais à l'entour, je bégayais des mots sans suite, je riais, je dansais.... Dans mon ravissement je croyais en effet découvrir dans mon oeuvre une foule de beautés qui m'avaient échappé d'abord, et je n'étais pas loin d'éprouver la même admiration que M. Pavelyn.

Enfin ma chambre devint trop étroite pour me permettre de donner carrière aux élans de la joie qui débordait de mon coeur.

Je descendis l'escalier quatre à quatre, et je m'élançai dans la rue. Ma poitrine était gonflée; je marchais la tête levée et l'éclat de la fierté dans les yeux. Il me semblait que tous les passants devaient savoir qu'ils rencontraient un artiste. Dans mon agitation presque enfantine j'étais étonné de voir la plupart d'entre eux passer leur chemin sans même jeter un regard sur moi. Quoi qu'il en fût, je ressentais un bonheur ineffable, et je continuais à me promener avec ivresse, jusqu'au moment où l'heure de la classe du soir m'appela à l'Académie.

Mes camarades me trouvèrent maussade et ennuyeux, parce que je ne faisais pas attention à ce qui se disait autour de moi, et que je ne répondais point à leurs questions.

J'étais trop profondément plongé dans mes douces rêveries. Ce qui me troublait, c'était un heureux secret que je ne pouvais point profaner en le révélant à qui que ce fût.


XV

Le jour si ardemment désiré était enfin venu; encore quelques heures, et la brillante soirée allait commencer.

Mon groupe avait été transporté dans la maison de mon protecteur, et deux ouvriers étaient occupés à le placer sur un beau piédestal, d'après mes indications.

M. Pavelyn, qui était présent à ce travail, se frottait les mains de joie, et montrait une extrême impatience, parce que je l'empêchais d'aller chercher tout de suite sa fille et sa femme, sous prétexte que j'avais ça et là quelques corrections à faire à ma statue.