Lorsque je passai le seuil de la porte, et que je mis le pied dans la rue, un long soupir souleva ma poitrine, et je pressai le pas dans la nuit pour m'éloigner du bruit de la fête et pour être seul avec mes douloureuses pensées.


XVII

Lorsque je me présentai le lendemain chez mon bienfaiteur pour m'informer de la santé de sa fille, je rencontrai M. Pavelyn sur le seuil de sa porte, prêt à sortir.

Il me dit que l'indisposition de sa fille n'avait pas eu de suites, comme il l'avait prévu d'ailleurs. Rose semblait un peu triste et fatiguée; mais elle n'était pas réellement malade, ainsi que je pouvais m'en convaincre en la voyant à son piano.

En achevant ces mots, il sortit.

J'ouvris la porte et je me trouvai dans un salon contigu à la pièce où Rose et ses parents avaient l'habitude de se tenir. Les sons du piano frappèrent mon oreille, et me firent une impression si profonde, que je m'arrêtai pour écouter, immobile....

Ce que Rose jouait sur le clavier n'était autre chose que la mélodie du grand duo que nous avions chanté si souvent ensemble. C'était une mélodie vive et gaie, qui réjouissait l'esprit et chassait la mélancolie. En ce moment, au contraire, elle ressemblait à la plainte d'une âme désolée. La mesure était lente et traînante; les notes, frappées sans force, chantaient plaintivement, comme si la main d'un artiste plongé dans une tristesse profonde eût parcouru lentement et distraitement le clavier.

Cette musique étrange me fit frissonner. Quel chagrin inconnu y avait-il dans le coeur de Rose, pour qu'un chant joyeux se transformât sous ses doigts en une plainte touchante?

J'ouvris la porte, et j'entrai. Rose était toute seule.