Mon apparition lui causa une émotion visible; son front se couvrit d'une vive rougeur, à laquelle succéda une pâleur extrême.

Mon entrée lui avait fait peur. Il y avait un secret entre elle et moi. Probablement j'avais surpris dans cette mélodie plaintive une émotion qu'elle voulait tenir cachée.

Maîtrisant avec peine mes impressions, je lui parlai de son indisposition de la veille, et lui exprimai ma joie de la trouver tout à fait rétablie. Elle parut très-embarrassée, et ne répondît que par des paroles confuses; mais tout à coup elle se leva, et me priant de l'excuser, parce qu'elle avait quelque chose à dire à la bonne, elle tira la cordon de la sonnette.

Je ne pus entendre l'ordre qu'elle donna tout bas à la servante; mais un instant après madame Pavelyn entra dans la chambre et demanda avec une visible inquiétude:

—Tu me fais appeler, Rose? n'es-tu pas bien portante?

—C'est que, maman, je ne sais pas.... J'ai un violent mal de tête, je me sens indisposée, répondit Rose.

—Va dans ta chambre, mon enfant: le repos te remettra, dit madame Pavelyn.

—Non, non, mère, ce n'est pas si grave, dit Rose; mais je t'en prie, reste auprès de moi!

Madame Pavelyn, moitié triste et moitié souriante, prit un siège et se mit à parler de l'indisposition de sa fille, à l'encourager et à la consoler, en lui disant que c'était une chose très-ordinaire et qui ne pouvait être considérée comme menaçant sérieusement sa santé. Puis l'entretien tomba sur la soirée. Rose avait, en présence de sa mère, repris un peu d'assurance et un peu de liberté d'esprit. Elle prononça quelque mots d'un ton que je n'avais jamais découvert dans sa voix. Elle montra une indifférence presque complète lorsque sa mère parla de ma statue, et, quand elle en trouvait l'occasion, elle me témoignait une politesse si cérémonieuse, que la tournure de ses phrases semblait me faire comprendre avec une sorte d'affectation qu'elle était aigrie contre moi. L'amertume étrange de sa voix, chaque fois qu'elle m'appelait «monsieur Wolvenaer», eût même pu faire croire qu'elle voulait m'humilier ou me blesser.

Pour moi, je souffrais si cruellement; et j'eusse versé des pleurs, si un profond dépit, une amertume secrète ne m'avaient donné la force de me contenir. Le respect et la conscience de ma véritable position à l'égard de mes bienfaiteurs me firent supporter cette douloureuse épreuve sans donner aucun signe de mécontentement ou de fierté blessée.