La fièvre suivit son cours habituel. Après une bonne heure de frissons glacés, la chaleur de la réaction fit bouillir mon sang et mon cerveau, jusqu'au moment où je tombai enfin dans le repos de l'épuisement, et sentis que l'accès était passé.
En ce moment, la voix de mon hôtesse vint m'avertir que le dîner était servi.
Je répondis que je n'avais pas envie de manger; qu'elle me rendrait un service en me faisant un peu de thé et en conservant mon dîner sur le feu.
Je parvins à lui faire croire que mon indisposition n'avait rien de grave. Elle m'apporta le breuvage rafraîchissant, en ajoutant que le dîner serait prêt à l'heure qui me conviendrait, puis elle me laissa en paix.
Quelle que fût ma fatigue, et bien que résistant à peine à mon envie de dormir, je me levai et je m'habillai. À mesure que la journée s'avançait, je sentais mes forces revenir, et, à la tombée du soir, je me rendis à l'Académie, où je commençai, avec beaucoup de courage, et presque avec gaieté, mon modelage d'après un modèle vivant. Il me semblait bien que mes yeux n'étaient pas très-clairs et que la fièvre avait laissé un peu d'étourdissement dans mon cerveau; mais je surmontai cette gêne à force de volonté, et lorsque les deux heures furent écoulées, je rentrai chez moi tout à fait content de mon ouvrage.
La fièvre me laissa tranquille toute une journée, puis elle revint presque à la même heure.
Je cachai autant que possible la gravité de ma maladie à maître Jean et à sa femme, et les priai de n'en rien dire à mes protecteurs, afin de ne pas les inquiéter inutilement.
J'espérais toujours que la fièvre cesserait après quelques accès, et je craignais d'ailleurs que M. Pavelyn, s'il me savait malade, ne n'empêchât de prendre part au concours de l'Académie.
Lorsque j'eus souffert ainsi cinq ou six accès, et que je fus sensiblement amaigri, tant par la maladie, que par mon travail, maître Jean me déclara qu'il ne pouvait pas cacher plus longtemps mon état à M. Pavelyn.
Je le tranquillisai en lui promettant d'aller le lendemain chez mes bienfaiteurs et de les informer moi-même de mon indisposition.