Le lendemain, je me présentai en effet dans la maison M. Pavelyn. Il poussa un cri d'étonnement dès qu'il aperçut mon visage pâle et mes joues creuses; Rose me considéra d'abord avec un regard singulier, triste et amer comme un reproche; puis elle baissa subitement la tête, et, si je n'avais été certain de son aversion pour moi, j'aurais pu croire que les traces de la maladie sur mon visage l'avaient frappée d'une profonde émotion.

J'expliquai la cause de mon amaigrissement, et je parlai de la fièvre comme d'un mal sans importance et qui se passerait bien tout seul, aussitôt que la fin du concours m'accorderait le repos nécessaire. M. Pavelyn me plaignait avec une sympathie véritable; il me loua de mon grand courage, mais il tenait trop à mon triomphe probable pour m'engager à me retirer du concours.

L'attitude de Rose en ce moment m'étonna. Elle essaya de me faire comprendre que j'avais grand tort de sacrifier ainsi ma santé à l'espoir incertain d'une victoire dont je pouvais me passer facilement.

J'étais, croyait-elle, un artiste assez puissant pour m'ouvrir une carrière brillante sans le secours de ce succès. Et, comme son père, et moi surtout, nous nous efforcions de combattre ses raisons, elle se fâcha très-fort; une amertume et un dépit croissants se montrèrent! dans ses paroles, jusqu'à ce qu'enfin, ne pouvant plus résister à l'agitation de ses nerfs elle sortit de la salle, la figure cachée dans ses mains, pour aller s'enfermer dans sa chambre. Sa mère la suivit en silence.

J'étais tout à fait abattu et ne savais plus que décider.

Quoique Rose me donnât des signes d'aversion et ne pût décidément plus rien souffrir de moi, je fus péniblement frappé au coeur en reconnaissant que son système nerveux était atteint d'une sensibilité maladive.

J'avais surpris dans sa voix un accent inexplicable de douloureuse impatience, quelque chose de plaintif et de désespéré qui m'avait effrayé.

M. Pavelyn essaya de me rassurer en me disant que l'emportement et l'humeur de Rose ne devaient pas m'étonner; ce n'était autre chose que la suite de l'agitation de ses nerfs. Demain, elle en demanderait pardon comme d'habitude et reconnaîtrait son tort.

D'après mon protecteur, je ne devais pas me retirer du concours à moins que je ne reconnusse moi-même mon impuissance. Il me laissait donc tout à fait libre. Mais, comme, malgré la fièvre, j'avais déjà concouru pendant dix jours, il n'y avait nulle raison de croire que je ne pourrais pas aller jusqu'au bout.

M. Pavelyn promit en outre de m'envoyer un excellent médecin, qui déciderait, dans tous les cas, si ma participation au concours pouvait en effet m'être fatale.