Je la regardai avec stupéfaction, et demandai en balbutiant l'explication de ces étonnantes paroles.
Elle parut redouter l'explication que j'implorais, et garda un moment le silence, en me considérant avec des yeux si pleins de compassion, que je me mis à trembler sous son regard.
Enfin elle répondit à mes instances pour connaître la cause de ses larmes:
—Ah! Léon, plût à Dieu que Rose te hait! Mon coeur maternel ne serait pas déchiré en ce moment par le pressentiment d'un terrible malheur. Comment est-il possible que tu te sois trompé ainsi toi-même?... Faut-il que ce soit moi, ta mère, qui t'arrache le bandeau? Hélas, je n'ose pas! Et cependant, c'est un devoir de te montrer le danger qui te menace.
—Que voulez-vous dire? Quel est le sens de vos paroles, ma mère? m'écriai-je. Parlez, parlez, vous me faites frémir! Un terrible malheur!
Ma mère poussa un soupir étouffé; elle luttait visiblement contre le désir de me faire la confidence que je demandais.
Enfin elle approcha sa bouche tout près de mon oreille, et répondit sans cesser de pleurer:
—Léon, mon pauvre fils, un grand malheur te menace! tu crois que Rose te hait depuis que son coeur s'est ouvert à l'amour?
Et, baissant la voix davantage, elle murmura d'une façon à peine intelligible:
—S'il est vrai qu'elle a de l'amour pour quelqu'un, si elle aime un homme, ce n'est assurément personne, personne que....