—Que qui? m'écriai-je tremblant de crainte et d'espoir.

—Personne que toi, mon malheureux enfant!

On eût dit que cette révélation avait suspendu la vie en moi pendant un instant; je ne parlais pas, je ne respirais pas, je tenais les yeux fermés pour m'abandonner tout entier aux mille pensées tumultueuses que cette nouvelle faisait tourbillonner dans mon cerveau.

Lorsque je rouvris les yeux, ma mère tenait sa figure cachée dans ses mains et pleurait en silence. Je rassemblai toute ma force d'âme et fis un violent effort sur moi-même pour surmonter mon émotion.

—Ma mère, ma chère mère! dis-je, vous vous êtes assurément trompée.... Ce que vous croyez est impossible. Avez-vous vu Rose?

—J'ai passé une demi-heure seule avec elle.

—Et c'est elle-même qui vous a dit de pareilles choses?

—Non, Léon; nous n'avons parlé de rien de semblable.

—Vous voyez bien, ma mère, vous vous inquiétez à tort. Rose a été sans doute très-aimable avec vous, et, pour vous faire plaisir, elle a également parlé de moi avec bonté. Je crois conclure de vos paroles qu'elle ne m'est pas encore devenue tout à fait hostile. Cet espoir, m'est une douce consolation dans mon chagrin.

Un triste sourire plissa les lèvres de ma mère; elle semblait refuser d'accueillir mes doutes. Toutefois, après beaucoup d'efforts de ma part pour ébranler sa conviction, elle admit la supposition qu'elle pouvait s'être trompée sur le sens des paroles de mademoiselle Pavelyn; et, en effet, celle-ci ne lui avait rien dit de positif. Alors, ma mère se mit à me montrer quelle source de chagrin et d'humiliation allait s'ouvrir pour M. et madame Pavelyn si ses soupçons étaient fondés; elle me rappela un à un tous les bienfaits qu'ils m'avaient prodigués depuis mon enfance, et tenta de me faire comprendre qu'il était de mon devoir, devant Dieu et devant mes généreux protecteurs, d'ôter à l'égarement du coeur de Rose tout aliment et toute occasion de se développer, s'il était vrai que son amitié pour moi se fût changée en un autre sentiment. D'après elle, je devais rendre mes visites chez M. Pavelyn aussi rares que le permettraient la plus stricte politesse et les limites extrêmes des convenances. Et, dussé-je courir le risque d'irriter Rose contre moi, il fallait me montrer froid et peu expansif avec elle.