—Seulement deux dollars; si je les perds, je cesse.
—En effet, que nous font quelques dollars? Remarqua Creps. Je veux voir comment va le jeu de la monte: d'ailleurs, une dizaine de dollars, ce n'est pas trop pour savoir si la fortune n'a point par hasard l'envie de nous favoriser.
Victor resta assis et suivit d'un regard à demi dépité ses amis, qui s'approchaient à pas lents de la table.
Ils suivirent le jeu pendant quelques instants avant de risquer leur argent; une demi-heure après, ils retournèrent près de Roozeman. Jean riait d'un air triomphant, Donat se grattait la tête d'un air mécontent et grommela qu'il avait perdu sept dollars sur les vingt-cinq que Victor lui avait donnés à bord du Jonas.
Pour Creps, il avait été plus heureux; il avait même possédé un moment plus de trois mille francs; mais le sort s'était enfin déclaré contre lui, et il avait quitté la table, sur le conseil d'un Américain, pour donner à la chance le temps de changer. En tout cas, il avait encore gardé environ cinq cents francs de son gain et pouvait recommencer à jouer sans inquiétude.
Jean voulut régaler ses amis avec l'argent gagné et fit apporter trois grogs chauds. En buvant, il engagea Roozeman à risquer aussi une couple de dollars, afin de savoir au moins si la fortune voulait lui être favorable ou non. Il se moquait de l'horreur que son ami paraissait éprouver pour le jeu, et le poursuivait de ses railleries. Victor, plus ou moins excité par la boisson, se leva tout à coup et dit:
—Eh bien, tu le veux, je jouerai! mais à une condition: je prends dix dollars et je les mets ensemble sur une carte; après la perte de cet argent, nous retournons à notre hôtel sans rester ici une minute de plus.
—Oui, mais si tu gagnes?
—Je perdrai.
—Tu ne peux le savoir.