—Oui, ami Roozeman, et ce sont certes les plus malins, dit Pardoes. Ils vendent une once d'or des choses qui ne valent pas un dollar, et tandis que beaucoup de mineurs s'en retournent aussi pauvres qu'ils sont venus, les boutiquiers ne quittent jamais les placers sans avoir amassé une jolie fortune.
—Ce sont sans doute des Mexicains?
—Non, des gens de tous pays: des Français, des Américains du Nord, des
Espagnols, des Allemands, et aussi des Mexicains.
—Et comment défendent-ils leurs marchandises contre les voleurs et les brigands?
—Vous ne connaissez pas les affaires de là-bas. Les stores se trouvent où les chercheurs d'or sont en grand nombre. On n'y fait pas grande attention à un coup de poignard au de revolver; mais, dès qu'un voleur est pris, on le pend sans…
Il fut interrompu dans son explication par l'arrivée de Donat, qui faillit laisser tomber sa marmite, et bégaya les joues pâles et les bras levés:
—Que Dieu me protège! J'ai vu là quelque chose de si laid, de si horrible, que j'ai presque perdu la tête de peur. Je crois qu'il y a de la sorcellerie dans ce pays, et que le diable…
—Vas-tu dire ce que tu as vu, bavard! Grommela Pardoes avec impatience.
—Ouf! laisse-moi reprendre haleine. Là-bas, derrière la montagne, près de l'eau, est pendu un homme dont les jambes frétillent encore. Il crierait à coup sûr; mais il ne peut pas, car il est pendu par un noeud coulant à une corde!
—Allons, venez, il faut voir ce que c'est.