Mais, soudain, elle cessa de l’entendre, et il lui parut importun. Dans le grand salon, venaient d’entrer lady Evans et Lilian.

Ah ! certes, Isabelle était encore bien belle mais elle n’eût jamais pu effacer cette enfant de dix-huit ans, qui avait pour elle sa jeunesse en fleur. D’un œil jaloux, Isabelle l’examina depuis la pointe de son petit soulier jusqu’aux mèches blondes qui volaient au hasard sur son front… A quoi bon ! Ce qui la rendait si séduisante, ce n’était point la robe qu’elle portait, mais ses yeux de fleur bleue, brillants de vie, sa carnation fine et splendide, ses lèvres rondes qui se relevaient si joliment sur les dents laiteuses… Isabelle le comprit et un désir aveugle de briser ce charme juvénile lui étreignit tous les nerfs… Ne venait-elle point aussi de surprendre le regard rapide de Lilian autour du salon cherchant Robert… Lui, absent, les autres n’existaient pas ; et Isabelle triompha de cette déception de la jeune fille. Puis envahie du besoin âpre de savoir tout ce que l’on disait de Lilian, elle se tourna vers le baron Hurel et demanda dédaigneusement, la désignant de son éventail :

— Qui est-ce ?

— Cette jeune fille ? une Anglaise, lady Lilian Evans.

— Oui, je sais cela. Elle est au même hôtel que moi.

— Au même hôtel aussi que notre ami Noris, fit le baron plissant avec malice sa bouche trop mince. Et tout écrivain psychologue, tout blasé qu’il est, Noris me paraît avoir pris rang parmi les admirateurs de cette jeune beauté, la plus remarquable de notre société, avant que vous fussiez ici, comtesse.

Elle eut une faible inclinaison de la tête, et, l’accent bref, demanda encore :

— C’est une héritière, n’est-ce pas ?… de vieille famille ?

— Hum… hum… une héritière… Lady Evans a une immense fortune, mais sa nièce… Si j’en crois mes vieux, vieux souvenirs, — et encore ne pourrais-je rien affirmer, — le père de Mlle Evans, à ce que j’ai entendu dire en Angleterre, aurait été un assez triste personnage et n’aurait guère laissé des richesses à sa fille…

— Ah ! fit Isabelle avec un accent d’intérêt si vif que le diplomate se sentit tout aise de l’avoir ainsi captivée.