— Je l’aime comme je ne croyais pas que l’on pût aimer, dit-elle simplement, et son regard bleu, si clair, sembla venir de très loin, du fond même de son âme.

Lady Evans passa la main sur son front, avec l’air de vouloir chasser une pensée importune. — Mais ses beaux traits sévères ne reprirent point leur habituelle expression de calme.

— Pourquoi M. Noris ne m’a-t-il pas parlé avant de vous adresser sa demande ?… Étant Français, il eût dû se conformer aux usages de son pays…

— Mais je suis Anglaise, moi !… Tante, j’étais tellement heureuse, ne troublez point mon bonheur, je vous en supplie.

Elle s’était agenouillée devant lady Evans dans une attitude de prière caressante. Lady Evans abaissa sur elle un regard d’inexprimable tendresse, quoique son visage restât pensif, altéré par un souci.

— Mon enfant, personne plus que moine souhaite votre mariage ! mais… tout cela est bien soudain… Vous connaissez si peu M. Noris.

— Si peu !… chère tante, voici deux mois que nous nous voyons chaque jour !

— Oui… vous avez raison… Et pourtant, les uns pour les autres, nous ne sommes, en réalité, que des étrangers.

Et si bas que Lilian devina plutôt qu’elle n’entendit ces paroles, elle acheva :

— Je prévoyais bien ce qui arrive, c’était fatal… Lui ou un autre…