— Cette lettre est de moi. Je la ferai parvenir moi-même à lady Evans, dès que je saurai où la lui adresser.

Et d’un pas lent, il monta dans sa chambre.

Lilian partie ! tandis qu’il était absent, sans un mot pour lui dire où elle se rendait !… Mais, après tout, était-ce bien sans un mot qu’elle était partie ? Dans son appartement, sans doute, il allait trouver un billet d’explication… Comment n’avait-il pas immédiatement pensé à cette probabilité si évidente…

Et il avait bien deviné ; au-dessus même des lettres et des journaux arrivés en son absence et amassés sur son bureau, s’étalait une enveloppe sur laquelle une écriture anglaise avait tracé son nom en caractères rapides qu’on eût dits pleins de fièvre : l’écriture de Lilian. Il déchira le cachet et lut… une fois, puis deux, puis une troisième encore, et à demi-voix, il répéta lentement d’un accent monotone et distinct certains mots du billet : « Je n’ai plus confiance… Nous nous sommes trompés l’un sur l’autre… Mieux vaut nous séparer… »

C’était elle, Lilian, qui avait écrit ces lignes… Mais c’était impossible, impossible !… Il lisait mal ! il ne comprenait pas ! Il était fou de croire à de semblables paroles !

Et pourtant ?… Il reconnaissait bien là son écriture, haute et droite, — moins qu’à l’ordinaire cependant ! — sa signature « Lilian », avec cette seule différence qu’aujourd’hui un trait dur, écrasé, finissait le dernier caractère du nom ! Quelqu’un lui avait dicté cette lettre froide et cruelle, la lui avait imposée, mais elle ne l’avait pas pensée, elle qui, trois jours plus tôt, répondait, vibrante d’émotion, à la prière humble et suppliante qu’il lui adressait de devenir sa femme.

Qu’avait-il pu survenir ?… Était-il vrai, ce rappel subit en Angleterre !… Ou bien lady Evans, s’opposant pour un motif quelconque au mariage de Lilian avec lui, avait-elle emmené la jeune fille ?… Mais comment croire cela ?… Lilian était ferme et loyale autant qu’un homme eût pu l’être. Elle ne se fût pas laissé entraîner ainsi, après sa parole donnée. Alors c’était librement qu’elle était partie ?… Quelqu’un avait-il donc entrepris de les séparer, de la lui enlever ?… Isabelle, peut-être ?

Violemment, il sonna et demanda :

— Mme de Vianne est-elle de retour ?

— Non, monsieur, Mme la comtesse de Vianne est encore absente. Elle a seulement annoncé son arrivée pour ce soir ou demain matin.