Avant qu’il eût fini même de parler, d’un geste irréfléchi, elle avait mis ses deux petites mains dans celle qu’il lui tendait, ainsi que le matin où il l’avait quittée à Vevey.

— Irritée ? répéta-t-elle doucement avec une voix de rêve. Oh ! non, il me paraît si bon de vous voir !… Et pourtant… pourquoi, oh ! pourquoi êtes-vous venu ?… Qui vous a dit que j’étais ici ?…

— Votre amie, à Lugano… Elle n’a pas été sans pitié, comme vous ! Elle a compris que, pour notre bonheur à tous deux, je devais vous parler, et elle m’a révélé où vous étiez cachée, Lilian, afin que je pusse venir vous demander pourquoi vous m’avez si durement repoussé.

— Mon Dieu, mon Dieu ! fit-elle remuée jusqu’au fond de l’âme par cet accent dont il parlait et qui résonnait plein d’une douceur grave dans ce grand silence de la montagne. Ils étaient aussi seuls qu’ils l’avaient été à Vevey la dernière fois qu’ils s’étaient vus.

— Lilian, continua-t-il du même ton ; — il était debout devant elle, assise à sa même place, blanche comme sa robe, — Lilian, vous souvenez-vous qu’un matin vous m’avez promis d’être ma femme « dans la joie et dans la peine »…? Et pourtant, vous vous êtes reprise tout de suite !…

— Parce qu’il le fallait, dit-elle faiblement ; et le flot des pensées torturantes monta soudain dans son âme avec une irrésistible force, dissipant la joie infinie et fugitive qui l’avait envahie à la vue de Robert. Le jour où je vous ai fait la promesse dont vous parlez, je croyais en avoir le droit ; mais, le soir même, quand vous avez été là-bas, à Genève, j’ai appris que je ne pouvais devenir votre femme…, qu’une raison très grave me le défendait.

— Et vous n’avez pas voulu même me faire connaître cette raison !… Pourquoi, Lilian, ne m’avoir pas demandé ce que je pensais de l’obstacle auquel vous faites allusion ?

— C’était impossible ! fit-elle passionnément.

— Et voilà pourquoi vous m’avez écrit des choses si cruelles, vous avez voulu me faire douter de vous ! Pourquoi vous vous êtes calomniée…

Elle l’interrompit :