Il a posé sur elle un regard qui enveloppe, avidement, la petite tête dont il aime le sourire et les yeux qui pensent ; comme il goûte la grâce souple du corps, l’harmonie des mouvements, l’éclat velouté de la chair dont le contact doit être adorablement doux. Et, brutale, la tentation jaillit en lui, de faire son bien de cette femme qui semble n’être à personne… Il a l’intuition, pourtant, qu’elle ne se donnera jamais sans amour… Mais il est déjà cabré contre la résistance qu’il redoute d’instinct… Bah ! fatalement, cette indépendante doit, comme les autres, subir l’ascendant du mâle, quitte à se rebeller dès qu’elle prendra conscience de son inévitable faiblesse. Il en a tant vaincu, de résistances féminines, que le prix de toutes ses victoires, c’est un incommensurable dédain de la femme, désormais pour lui, l’instrument de plaisir qu’il prétend goûter sous une forme ou une autre.
Violemment impérieux et passionné comme il l’est, il cède, sans hésiter, à l’impulsion qui l’emporte vers Hélène Heurtal.
Sans la toucher, toutefois, dans un inconscient respect de sa liberté, il prie, la voix sourde :
— Si vous étiez très charitable, jeune femme, savez-vous ce que vous feriez ?
— Non… dites.
Il se lève, se rapproche de la table où elle est accoudée et le contemple avec une interrogation où il entre un peu de surprise, au fond de ses prunelles.
— Ce que vous feriez ?… Vous me permettriez de vous aimer comme la compagne que je rêve depuis… depuis toujours ! Vous avez l’intelligence, le charme, l’adorable jeunesse… Vous êtes libre et seule… Moi aussi…
Il voit s’entr’ouvrir la bouche délicieusement fraîche qu’il veut sous la sienne, et une lueur envahir les yeux, devenus profonds, si profonds que le regard semble monter des plus secrets replis de l’âme.
Avant qu’elle ait parlé, il continue sourdement, la voix ardente :
— Oui, je devine… Vous allez me répondre que vous ne m’aimez pas du tout… Et je ne m’en étonne pas… Aussi, je ne vous demande que de vous laisser aimer, adorer, gâter autant que femme peut l’être… De me permettre d’aplanir devant vous, les difficultés de toute sorte, qui pèsent sur une femme isolée… Alors, peut-être, à votre tour, vous me donnerez un peu de tendresse…