— Précisez. J’en aurai vingt-quatre en octobre… Si je ne prends un parti radical, je vais arriver à coiffer sainte Catherine. Et j’aime autant pas !
Marise proteste.
— Si vous coiffez sainte Catherine, Sabine, c’est que vous l’aurez voulu. Vous n’avez que le choix, parmi votre cour…
— Ma cour !… Ah ! oui, j’en ai des courtisans !… Ils abondent plus que les épouseurs. Je suis une fille très difficile à placer ! Marise… Trop belle pour sa dot, — ceci établi, sans vaine modestie, — et de plus, trop exigeante, sur une foule de points. Il me faut trouver, à mon gré, l’homme, la fortune — une grosse fortune ! je connais mon appétit — et le nom. Je suis sans courage pour me mésallier… Or, les hommes riches de notre monde cherchent les grosses dots ; et avec ceux qui ne le sont pas… ou pas assez, le mariage m’est impossible…
Sabine s’arrête un peu ; ses prunelles veloutées contemplent la mer.
— Pourquoi, impossible ?
— Nous végéterions… et cela, aussi, est au-dessus de mes forces… Tenez, parmi les plus… enflammés, il y a, par exemple, Roger de Castillon, gentil, bonne naissance, mais qui ne peut m’offrir que la vie de garnison ; or, je ne prétends pas quitter Paris ! Et trente mille francs de rentes au plus ! Une misère… Il me faut déjà douze à quinze mille pour ma toilette… Et en pratiquant une sordide économie… Alors ?… Quoi ?… Roger est impossible, comme ses pareils, je ne veux pas d’une vie qui serait un enfer pour moi !
Marise a suivi, très attentive, les paroles de Sabine, écho de sa propre pensée. Elle dit tout haut, un peu hésitante :
— Il me semblait que vous auriez épousé Jean Dautheray.
Une ombre voile les yeux de la jeune fille.