Jean est rentré chez lui pour s’habiller, à cette fin d’accompagner au « Dancing-Palace » — le plus select de Paris ! — la jeune femme de son excellent ami, Henry de Lacroix, lequel déteste les plaisirs frivoles, et une amie de celle-ci, avec laquelle il est sur le pied d’un flirt savoureux, la belle Sabine de Champtereux.
Il est probable que si Mme Dautheray connaissait l’existence de ce flirt, elle en serait quelque peu inquiète ; car Sabine de Champtereux est une jeune personne infiniment moderne à tous égards et ne constituerait guère la bru de ses rêves… Seulement, elle n’en sait à peu près rien, Jean ayant pour principe de ne jamais se raconter ; et Mme Dautheray n’ayant que des relations mondaines, assez espacées, avec Marise de Lacroix — chez qui elle pourrait rencontrer Sabine — vu leur différence d’âge.
Donc, Jean peut, avec une entière quiétude, s’offrir l’agrément d’un flirt qui le conduira… Où ?… Il ne s’en préoccupe guère, ayant la sagesse de vivre dans le présent et d’en savoir profiter, s’il est bon… Et il le fait avec un juvénile appétit. En attendant d’aborder au port du mariage, il s’accorde généreusement tout le plaisir, sans consistance et sans conséquence, que peuvent lui fournir le monde qui s’amuse et le monde tout court, le vrai monde ; fréquentant l’un avec discrétion, car il déteste s’afficher, l’autre avec une franche ardeur. Dans l’un comme dans l’autre, il reçoit l’accueil que ne manque pas de rencontrer un beau garçon millionnaire ; nimbé, de plus, par la réputation d’avoir montré « beaucoup de cran », lors de la guerre.
De son pas vif, il a franchi la distance qui sépare l’hôtel Dautheray du logis de Marise de Lacroix, avenue Marceau.
Le domestique l’introduit dans le hall où Marise se tient volontiers, après s’y être organisé un coin particulier bien confortable : paravents, bergères, divans chargés de coussins, table portant les bibelots familiers et objets à écrire, livres nouveaux, fleurs…
Au bruit des pas, elle relève la tête, du coussin où elle l’appuyait, nonchalamment allongée sur le divan, et pose la revue qu’elle parcourait tout en fumant une cigarette.
— C’est vous ? Sabine. Arrivez vite, chère, Dautheray va nous emmener ! Tiens ! non, ce n’est pas Sabine. Jean, vous venez nous chercher pour le Dancing ? Sabine n’est pas encore arrivée. Mais, comme elle est plutôt exacte, elle ne peut tarder. Aussitôt qu’elle sera là, nous partirons, je suis habillée.
Plus justement, elle pourrait dire « déshabillée », car elle montre vraiment tout ce qu’impose la mode actuelle : cou cerné de perles, gorge naissante, bras fins et ronds, jambes moulées par le bas de soie transparent.
Le tout étant fort agréable à voir, Jean approuve Marise d’être si docile aux exigences de la mode.
Il s’est incliné sur la main qu’elle lui tendait et s’apprête à approcher une chaise du divan où elle s’est, de nouveau, allongée, tapotant les coussins autour d’elle.