Mais elle l’arrête avec un sourire joyeux de petite fille :
— Vous savez, Dautheray, si le cœur vous en dit, allongez-vous aussi. Le divan, frère du mien, est à votre disposition.
— Merci ; du moment que l’allongement n’est pas sur votre propre divan, je préfère la verticale.
— Quel drôle de goût !… Eh bien ! tous ne sont pas comme vous. Tantôt, j’avais ici Dubelles, vous savez, le plus jeune des académiciens, qu’Henry avait amené déjeuner. Il s’est installé aussi confortablement que moi, pour fumer, sur le divan que vous dédaignez. Les enfants sont venus se rouler sur le tapis. Seul Henry, qui nous contemplait d’un œil discrètement courroucé, est resté campé dans son fauteuil. Et puis, là-dessus, patatras ! est arrivé le correct et savant François de Laisan… Si vous aviez vu sa mine, en nous trouvant ainsi affalés… C’était d’un comique !
Elle rit avec une gaieté moqueuse qui lui va délicieusement. Qui étudierait les seules lignes du visage, déclarerait sans hésitation que Mme de Lacroix n’est pas jolie, presque laide. Et pourtant, elle est charmante : d’une fraîcheur d’enfant, une bouche rieuse ; des yeux gamins, étonnés et câlins, sous les cheveux clairs, de soie floconneuse, relevés avec un artistique laisser-aller, qui lui va si bien !
A l’égard de Jean, elle est sur le pied d’une camaraderie, mâtinée de coquetterie chez elle et de galante courtoisie chez lui. Cette jeune Marise, mère de trois mioches, dont l’aîné a sept ans, est, tout ensemble, dix-huitième d’aspect et vingtième de mentalité.
Jean regarde avec plaisir le corps charmant, moulé par la soie qui l’enroule et il confesse, sincère, sous le badinage du ton :
— Ah ! Marise, pourquoi faut-il que vous soyez l’épouse sacrée de mon excellent ami Henry !
— Parce que…
— Parce que je crois, nous pourrions connaître des minutes infiniment plus délicieuses encore que celles qui nous sont accordées… par nos relations mondaines et amicales !