— Mais non, je ne promets rien du tout. Votre besoin de ma présence me paraît bien relatif. Pour le supporter, vous avez Nicole, le tennis, votre camarade de Lacroix et, en plus, la légion de vos belles amies étrangères… Vous êtes trop exigeant !
Il l’a écoutée sans presque entendre ses paroles, grisé par la vie palpitante de ce visage frais comme un beau fruit dont ses lèvres sont avides. Mais de la voir si maîtresse d’elle-même, il s’exaspère.
— Sabine, vous êtes bien coquette, ce soir ! C’est l’influence de votre succès auprès de votre vieil admirateur ?
— C’est du duc de Bresmes que vous parlez ? Personne ne le croirait en vous entendant… Il a l’air si jeune… C’est, d’ailleurs, l’impression qu’il me fait, comme à tout le monde…
— Il paraît que je ne suis pas « tout le monde ».
Elle et lui, une seconde, se regardent, tels deux adversaires. Dans ses yeux à elle, il y a du défi. Dans ceux de Jean, une sorte de colère, — une colère de mâle jaloux… Mais l’expression de révolte hautaine va si merveilleusement à Sabine, que l’admiration de l’artiste apaise en lui le ressentiment de l’homme ; il se met à rire, avec sa gaieté séduisante.
— Sabine, ma nerveuse Sabine, nous nous disputons comme deux gosses !… Mettons que vous trouvez Bresmes juvénile et ne parlons plus de lui… Vous allez être adorable ; et demain matin, c’est tous les deux, que nous monterons à Marie-Antoinette.
Mais elle secoue la tête, son visage, gardien jaloux de son intimité, sourit à peine… Une expression de volonté presque dure souligne sa bouche.
— Mais non, Jean… Je ne décommanderai pas le duc… Cette promenade avec lui m’amuse, car il est un cavalier… rare !… Un autre matin, nous galoperons, vous et moi !… Peut-être, à ce soir, après tout !
Il ne peut insister. Sur la route, à quelques pas d’eux, a surgi Henry de Lacroix, qui rentre de promenade ; et les saluts échangés, Jean doit suivre son camarade, dans l’allée où a disparu Marise.