« Et de même va l’être — interrompu — et il en est plus que temps, le volume que je viens de vous griffonner et dont je suis confus. Vous avez voulu des détails, ma précieuse et chère confidente… Vous en possédez maintenant à demander grâce, avouez-le… Je m’excuse, et laissez-moi vous le dire, je vous aime tout fraternellement.

« Yours for ever. — J. »

Jean à Hélène.

« Ainsi, vous n’avez pas jeté mon bavardage au panier ! Et vous y avez répondu par une lettre délicieuse, où j’ai trouvé votre cœur et votre pensée, amalgamés à mon usage.

« Vous regrettez Nicole pour moi !… Peut-être avez-vous raison… Je n’en suis pas certain ; et quoi que vous en disiez, je me sens incapable d’éveiller l’esprit de Madeleine, captif, dans les limbes où l’ont enfermé les intentions estimables et absurdes de sa mère. Ce rôle d’initiateur ne me tente pas !

« Vous avez mis un grand point d’interrogation auprès du nom de Sabine. Pourquoi je ne vous ai pas parlé d’elle ?… Pour de multiples raisons, dues à l’intuition et au simple raisonnement…

« Oui, elle est toujours à Deauville… Elle y est courtisée de très près par un beau cavalier mûrissant, le duc de Bresmes, dont elle accueille les hommages aussi volontiers, plus même, que ceux de la phalange des jeunes hommes qui lui constituent une véritable cour. Évidemment, elle jouit de cette admiration de haut prix. Et cependant… Au fond, tout au fond de ses prunelles, en même temps qu’une flamme de triomphe, il y a, parfois, tant de dédain et d’amertume… Quelle partie joue-t-elle obscurément que j’ai peur de deviner ?… Ah ! si elle m’ouvrait une pensée, un cœur confiants, combien vite j’épouserais, je le sens ! Mais elle demeure le beau sphinx aux yeux d’amoureuse qui ne livre rien, jamais, de son rêve intime. Et elle me rend très pensif. Nous avons eu, à propos de Bresmes, quelques escarmouches un peu vives, parce qu’elle a refusé de l’écarter, comme je le lui demandais — sans y avoir aucun droit, c’est vrai.

« Après, d’ailleurs, elle a été charmeuse, comme elle sait l’être… D’où il est résulté une paix inoubliable et la reprise de notre flirt… qui nous conduira vers quelle rive ? En attendant, notre « réconciliation » a contribué fort, pour moi, à l’agrément de la « grande semaine » qui me laisse saturé de distractions mondaines.

« Ne me croyez pas, sur cette déclaration, plus sage que je ne suis… Vous le savez, la saturation résulte de l’usage excessif.

« Je voulais jouir de mon reste de liberté. Car, ce n’est pas seulement vers le mariage que je m’achemine piteusement ! A l’automne, je vais me résigner à passer dans le clan des hommes sérieux, lire des travailleurs. Ma résolution est prise, je me livre au Val d’Or. Donc, hélas ! aux affaires.