Bobby lui arrache sa main et bondit vers les touristes que déverse le train.
Tout de même… cette haute silhouette, cette allure souple, ces yeux rieurs et gamins… Bobby a bien vu : c’est Jean !
Le voici. Il est devant elle et lui tend la main avec un sourire radieux, et aussi une malice amusée devant sa stupéfaction.
— C’est bien moi, Hélène, non pas mon ombre, s’écrie-t-il gaiement, baisant la main qui, accueillante, est venue dans la sienne.
— Jean, je crois que je rêve ! Comment… pourquoi êtes-vous ici ?
— Comment ? Parce que j’ai pris le train pour monter… Pourquoi ? Parce que la générosité du hasard a exigé, à nos usines du Val d’Or — pas très loin d’ici, vous savez, — la présence de mon oncle ou la mienne… Alors, comme j’avais une envie folle de vous voir, à la profonde stupéfaction de mon oncle, j’ai réclamé le voyage obligatoire. Je suis sûr qu’il n’est pas encore remis de sa surprise. Ce zèle inattendu !… En conscience, j’ai commencé mes pérégrinations par le Val d’Or et, ma tâche accomplie, je me suis accordé le plaisir de vous faire une petite visite avant de regagner Deauville… Je ne suis pas indiscret en venant ainsi vous surprendre ? La tentation était si forte !… Je n’ai rien d’un ascète pour résister !
— Non, rien, je sais… Mais que c’est donc imprévu, votre apparition !
— Elle ne vous ennuie pas ? Dites…
— Elle me fait un très vif plaisir ! déclare-t-elle si spontanément qu’il se sent ravi. Mais où voulez-vous aller ? A l’hôtel ?
— Emmenez-moi où il vous plaira ! Je suis venu bavarder avec vous ! Et, tout d’abord, parlez-moi vite de la bonne nouvelle… Alors, vous voilà sacrée auteur et vous allez paraître ! C’est un brave homme, que Dubore, décidément…