Sous les pins, dans le sentier qui surplombe la forêt, dont les somptueuses frondaisons emplissent la vallée jusqu’à l’horizon, Bobby galopant devant eux, ils marchent ; leurs pieds, sans y prendre garde, foulent les aiguilles rousses, détachées des branches, et leur causerie est aussi riche de récits que si une foule d’événements avaient occupé leurs deux mois de séparation.
Jean, sollicité par son amie, raconte avec une vivacité colorée, en peintre ; de sorte que, bientôt, Hélène connaît toute la colonie de Deauville, parmi laquelle, pour obéir au vœu maternel, Jean devrait choisir la femme idéale. Mais qu’il paraît donc loin encore de la décision ! Et, tout bas, Hélène s’aperçoit que, égoïstement, elle ne regrette pas qu’il en soit ainsi… Jean marié ne sera plus son ami, son seul ami…
Malgré elle, de le voir à ses côtés, affectueusement confiant et gai, elle se sent envahie par une allégresse aussi lumineuse que les flèches de soleil qui filtrent à travers les sapins.
Jean la regarde avec un plaisir retrouvé. Lui, si difficile à satisfaire en matière de toilette féminine, il est content de la voir harmonieusement habillée, avec un soin extrême, en sa simplicité… Une robe de voile blanc, rayée de mauve, des souliers immaculés, une grande capeline de paille, fleurie de larges narcisses au cœur d’or.
Le tout doit être de mince valeur. Et cependant comme elle paraît élégante ! Vraiment, même auprès de Marise, de Sabine, de toutes les autres, en leurs robes coûteuses, elle serait à la hauteur… Et de le constater, il en éprouve une puérile satisfaction, et lui en sait un gré instinctif !… Convaincu, il s’exclame :
— Oh ! Hélène, comme les Trois-Épis vous font du bien !… Vous avez l’air d’une gamine, toute rose, et Bobby de votre jeune frère.
Elle se met à rire ; ses dents nacrées luisent entre les lèvres.
— Rien que cela !… Mais vous avez raison, j’ai très bonne mine… Mon visage fané est resté à Paris. Et les Trois-Épis me comblent de forces pour l’avenir ! Quel dommage de n’y pouvoir rester plus de quelques jours !
— Pourquoi si peu, puisque vous vous y plaisez tant ?
Elle lui jette un coup d’œil amusé :