— Monsieur l’homme riche, mes capitaux ne sont pas inépuisables. Notre séjour, ici, représente une fugue que j’ai offerte à tante et à Bobby avec mes premiers droits d’auteur. Et, dame ! ils ne sont pas considérables ! Mais une grande semaine, en ce merveilleux nid d’aigle, c’est déjà une faveur de la destinée ! Ensuite, nous redescendrons à Colmar, et, à l’automne, je regagnerai Paris pour reprendre une vie laborieuse. Je crois que mon « vieil oiseau » me réclamera de nouveau. Il m’a déjà envoyé du travail ces jours-ci.
— Hélène, laissez-le ! décrète Jean impétueusement.
— Mais je n’en ai pas la moindre envie. Quelle étrange idée vous avez là ! Mes occupations chez lui ne sont ni fatigantes ni ennuyeuses, au contraire.
— Soit. Mais votre vieil oiseau a un fils qui rôdaille autour de vous. Cela m’exaspère dans mon amitié.
— Vous avez peur que le loup ne croque le petit Chaperon rouge ? Pas de danger qu’il réussisse. En l’occurrence, le petit Chaperon rouge est une femme très avertie.
— Et très tentante pour son avidité. Savez-vous que l’on parle de son divorce avec Félice Merval ?
— Eh bien ?
— Eh bien ! s’il divorçait pour vous épouser ?
Elle a un éclat de rire si sincèrement moqueur qu’il est, pour le moment du moins, délivré de la crainte qui l’a lanciné… Pourquoi ? Car Hélène n’est pas désormais condamnée au célibat.
— Jean, que vous êtes donc romanesque et moral ! On voit bien que vous vivez dans une atmosphère matrimoniale ! Que votre sollicitude se rassure, je ne serai ni la femme ni la maîtresse de Barcane ! Et là-dessus, allons déjeuner. Entendez-vous la cloche qui sonne pour avertir les promeneurs désireux de prendre le train d’une heure vers Metzeral ?