— Bien, bien. Hélène, vous êtes assez raisonnable pour voir ce que vous devez faire.
Mais, tandis qu’en chemin pour la salle à manger, Jean, discret, marche en avant avec Bobby, elle demande à la jeune femme :
— Vous ne craignez pas qu’à l’hôtel, l’impression ne soit pas bonne de vous voir partir avec un beau cavalier comme M. Dautheray ?
Mais Hélène est trop Américaine, en son indépendance, pour attacher la moindre importance à une simple promenade en compagnie masculine ; et, très sincèrement, elle n’a cure des réflexions que pourrait susciter ladite promenade. Cependant, affectueuse, elle répond :
— Tante, si cela vous contrarie que je fasse cette course avec Jean, bien entendu, j’y renoncerai. Mais, qui pourrait l’incriminer, puisque c’est à votre connaissance !… Et que nous importent les réflexions de tous ces inconnus !
Mme Hatzfeld pense, qu’en somme, Hélène a raison et n’insiste plus.
XVII
Le train s’enfonce dans la vallée ruisselante de clarté ; et, à mesure qu’il avance, les ruines se font plus nombreuses, plus lamentables : maisons calcinées, écroulées, pans de murs éventrés. Les toitures pendent. Les arbres sont déchiquetés, ou rasés tout près du sol labouré par les obus, que voile maintenant la splendeur de l’été.
Jean et Hélène regardent par la portière et ne causent plus. Jean se souvient… Et la pensée intuitive d’Hélène devine ce que les jours passés là furent pour lui et tant d’autres qu’elle ignore, qui luttèrent, souffrirent, moururent sur cette terre d’Alsace.
Le train est arrivé au terminus et s’arrête devant le baraquement qui représente un semblant de gare.