Sous l’éblouissante lumière, la vallée, en ce jour d’été, est radieusement fraîche et verte, mais de ce qui fut une minuscule cité, il ne reste rien. Pas une maison ne demeure debout. Autour de l’église écrasée, les ruines se pressent, brûlantes de soleil, derniers vestiges des logis qui abritaient des vies humaines, aujourd’hui dispersées ou disparues. Des ouvriers, habitués au lugubre spectacle, déblaient paisiblement les monceaux de pierres : et leurs voix — sans tristesse — résonnent dans le morne silence de cette solitude.
Parmi les éboulis, à travers de vagues chemins qui furent des rues, Jean et Hélène avancent ; lui, devenu grave ; elle, étreinte par l’émotion qui s’abat sur elle devant cette désolation. Ah ! quand elle souhaitait voir Metzeral, elle ne soupçonnait pas à quel point le spectacle en était poignant !
Inconsciemment, elle murmure :
— Ah ! Jean, que c’est triste !
Il incline la tête sans un mot.
Elle demande encore, presque bas, comme on parle devant les morts :
— C’est près d’ici que vous vous êtes battu ?
— Dans toute cette région, oui… Oh ! Hélène, vous ne pouvez sentir ce que c’est de retrouver ce pays si paisible ! N’était sa dévastation, ce serait à se demander si vraiment nous y avons vécu les jours de cauchemar dont les souvenirs me reviennent, ici, comme des fantômes.
— Oui, je comprends…
— C’est vrai, vous avez une pensée, un cœur qui comprennent tout !… Ah ! je n’étais pas le même qu’aujourd’hui, en ce terrible temps !… L’insignifiant clubman que je suis redevenu, me semble n’avoir rien de commun avec le soldat qui a furieusement combattu ici !