Bouleversée, elle l’écoute… Mais lui, brusquement, tout à coup, s’aperçoit qu’elle a les yeux brillants, comme s’ils étaient embués de larmes ; et il s’arrête tout court, avec une exclamation :
— Hélène, ma chère petite amie, je vous attriste ! Pardon ! Ce pauvre diable de pays m’avait envoûté. Pourquoi m’avez-vous laissé remuer bien inutilement ce tragique passé ? Ce qui est fini est fini. Venez, petite Hélène. Pour nous remettre d’aplomb, vite, allons goûter ! J’imagine qu’au voisinage de la gare, nous trouverons bien quelques provisions à nous placer sous la dent !
Il a repris le ton de gaieté légère qui lui est familier. Mais simplement, elle dit, encore sérieuse :
— Ne regrettez pas, Jean, de m’avoir raconté… Je vous estime tant d’avoir été ce que je devine…
Une imperceptible contraction durcit une seconde le visage du jeune homme :
— J’ai été comme les autres ; je n’ai fait ni plus ni moins, soyez-en sûre.
— Peut-être, mais je ne croyais pas mon élégant ami capable de tant supporter !
— C’est-à-dire que vous me jugiez une espèce de poule mouillée ! fait-il en plaisantant.
— Dites que je ne vous connaissais pas encore tout à fait. Je suis très fière de vous ! Jean.
— Oh ! il n’y a pas matière, je vous assure, petite amie chère. Ne parlons plus de ces mauvais jours et allons chercher du thé, si possible.