Docile, elle s’est levée du talus où il l’avait fait reposer et ils reviennent vers l’échoppe que Jean avait remarquée au passage, près de la gare. Volontairement, ils ont repris leur gaieté et ils causent comme, ensemble, ils aiment à le faire ; mais, par une sorte d’accord tacite, ils n’ont pas une allusion à l’émotion qui les a, un moment, étrangement rapprochés. Ni l’un ni l’autre, ils n’oublieront leur pèlerinage à Metzeral, et lui, autant qu’elle, regrette de le voir achevé. Combien vite les heures fuient ! Encore quelques instants et puis la vie va les séparer.

Dans le train qui les ramène vers Colmar, après un goûter joyeux à l’orée de la radieuse vallée, Jean a tout à coup une question imprévue :

— Est-ce que vous êtes gourmande ? Hélène.

Elle le regarde, stupéfaite et rieuse :

— Je ne le crois pas. Mais pourquoi cette question… indiscrète ?

— Parce que j’ai une envie folle que nous dînions en tête-à-tête à Munster… Ne soyez pas fâchée, mais j’ai regardé l’indicateur et vous ne pouvez vraiment rentrer ce soir aux Trois-Épis, à une heure raisonnable.

— Oh !

— Il va vous falloir dîner et coucher à Colmar. Alors, soyez très bonne et consentez à dîner à Munster où nous serons bien tranquilles. Mais, sûrement, vu la dévastation de la ville, le repas ne sera sans doute pas trop bon. C’est pourquoi je vous demande si vous êtes gourmande.

Elle sourit malgré elle de la câlinerie suppliante qu’il met à l’implorer. Est-il ainsi avec Sabine ?… La tentation de consentir la domine soudain, irrésistible. Cette journée lui est d’une douceur ardente, tellement autre que celles dont est faite son existence quotidienne, qu’elle en perd un peu la notion de la réalité… Il lui semble se mouvoir dans un rêve merveilleux. Pour une fois, par hasard, elle ne pense pas du tout à être sage. Il n’y a plus en elle, semble-t-il, que l’impérieux désir d’être heureuse encore un moment, comme elle l’a été en cet éblouissant jour d’été — heureuse, sans chercher pourquoi elle l’est.

Le train approche de Munster.