— Qu’est-ce que vous avez ? Hélène, demande-t-il, surpris de l’amertume mélancolique qu’il a perçue dans la voix de la jeune femme.

Elle secoue la tête, comme pour chasser l’étrange tristesse qui, avec la nuit, s’abat sur elle ; et elle avoue, drôlement :

— Je crois bien que j’ai, autant que vous, le regret de voir terminée, notre jolie fugue… Jamais plus, sans doute, nous n’en recommencerons une semblable… Et ce sera mieux pour moi, en somme… Je m’habituerais trop bien à être protégée, au lieu de protéger, comme c’est mon rôle…

— Votre rôle ?… Mais peut-être, vous vous remarierez…

L’accent de Jean est singulier, un peu.

Elle secoue la tête avec un indéfinissable sourire, tout en penchant son visage vers une rose, qu’elle semble respirer.

— Je ne crois pas que jamais, je me remarie… Cependant, tout peut arriver. Qui sait, en effet, si un jour, je ne m’apercevrai pas du poids de la solitude et ne souhaiterai pas d’en être déchargée ! Mais, sûrement, cette heure-là n’est pas encore venue !

La jolie tête s’est dressée. Jean songe que cette heure-là peut venir. Hélène est aujourd’hui une créature délicieuse. Celui-là est peut-être bien proche qui s’en apercevra et la voudra sienne, sans souci de sa pauvreté, de son veuvage, de son petit garçon… Et en bon ami, il doit souhaiter qu’il en soit ainsi. Tout haut, il pense :

— Que je voudrais, Hélène, que vous soyez heureuse enfin, comme vous le méritez tant !… comme jamais vous ne l’avez été…

— Cela, qu’en savez-vous ?