— Vous parlez de ce que vous ignorez, Jean.

— Et je suis indiscret. Je vous demande pardon. Vous ne pourriez m’en vouloir si vous saviez combien sincère, est mon souci de votre avenir.

Il y a dans la voix de Jean quelque chose de si vibrant et de si chaud qu’elle tressaille. Elle dit lentement :

— Je ne suis pas malheureuse du tout ; surtout quand je sens de l’affection autour de moi…, pour moi !

— Hélène, vous n’en doutez pas, que je vous aime ?

Il a dit les mots étourdiment, sans penser au sens qui peut leur être donné. Mais Hélène ne s’y trompe pas une seconde. Jean l’aime en ami, comme un grand frère, ainsi qu’il le lui a dit bien des fois. Pas plus, il ne songerait à faire d’elle sa femme que sa maîtresse. Tout de même, sans y prendre garde, il est un peu cruel de lui faire respirer ainsi l’enivrant parfum d’une fleur qui n’est pas pour elle.

Brusquement, elle se lève :

— Non, certes, je ne doute pas de votre affection, mon ami. Merci de m’en assurer encore. Allons, il est l’heure de partir.

Debout devant la glace, elle arrange ses cheveux sous la toque de paille, met un peu de poudre sur ses joues brûlantes, glisse les roses dans son corsage.

Puis ils s’en vont dans les rues muettes qui s’embrument. Le jardin public est un gouffre d’ombre. Des sonneries de clairons jaillissent des casernes. Par instants, quelques voix, le rire d’un gamin qui joue. Dans la nuit transparente, des silhouettes se profilent, gens qui vont vers la gare, passants attardés, poilus casernés à Munster qui déambulent nonchalamment ou se distraient, faute de mieux, à contempler le ciel qui s’étoile.