— Chère petite Hélène ! Quel cœur vous avez !…
Il tient toujours dans les siennes la main qu’elle lui a tendue. Avec une sorte d’avidité ardente, il regarde le blanc visage dont les yeux ont la même expression que dans le wagon, — grave et passionnée.
En eux, peut-être, la vie éveille, au plus intime de leur être, la conscience qu’ils sont jeunes, libres de disposer d’eux-mêmes, seuls pour la nuit, dans une ville étrangère !…
Peut-être, obscurément, grisés par leur communion d’âme et de pensée, durant le jour qui meurt, ils sentent ce qui pourrait être… s’ils étaient autres ! Dans ses yeux à elle, il y a tout à coup une sorte d’ironie frémissante… En lui, qu’étreint un sourd désir, passe en torrent la vision d’elle dévêtue, blottie entre ses bras, tandis que sa bouche baise les paupières abaissées, les lèvres qui s’entr’ouvrent… Une prière folle supplie en son cœur : « Hélène, laissez-moi vous suivre !… »
Le devine-t-elle ?
D’un geste brusque, elle, toujours si harmonieuse de mouvements, elle reprend sa main, murmure encore une fois :
— Adieu ! Jean…
… le regarde. Et jette, derrière elle, la porte qui les sépare.
XVIII
A l’ombre de l’acacia, Hélène vient de s’installer pour travailler. Elle y est bien en paix, presque comme elle l’était aux Trois-Épis. Mme Hatzfeld a emmené Bobby faire des courses et quand elle rentrera, avec sa délicate prévenance, elle le gardera près d’elle pour que ses jeux ne troublent pas sa mère.