Hélène a étalé ses papiers sur la table de fer du jardin, mais elle n’écrit pas, elle songe, les deux coudes appuyés sur le sous-main qui supporte les feuillets. Elle songe, contemplant le beau ciel dont elle jouit en tout son être, comme de la lumière sur les feuilles cuivrées, comme de la fine odeur de vanille montée du massif d’héliotropes, où se mêle la senteur des œillets qui fleurissent sa table de travail.
Elle songe aux pages qu’elle va écrire. Aussi à mille choses imprécises, aux derniers jours passés aux Trois-Épis, à cette course à Metzeral qui a laissé en elle un appétit de bonheur si violent qu’elle en est effrayée, puisqu’elle sait bien ne pouvoir être rassasiée.
Tout à coup, résolument, elle prononce :
— Allons, vite à l’œuvre. Cela ne vaut rien de rêvasser !
Mais, avec une sorte de ténacité ironique, repasse en son souvenir, une silhouette masculine très élégante, un jeune visage qui lui sourit, dont le regard l’enveloppe.
Elle a un tressaillement et murmure, tout en mordillant l’œillet que ses doigts tourmentent :
— Ah ! qu’elle est étrange parfois, l’amitié !
Puis, dans un sursaut, elle se dresse, jette l’œillet, saisit son porte-plume, écarte les feuillets…
Il est dit que les faits eux-mêmes vont l’empêcher d’écrire. Un coup de timbre à la porte d’entrée et, au bout de quelques minutes, de la maison, émerge la vieille Odile.
— Le courrier de madame.