— Je n’ai pas d’amour pour vous…, seulement le grand désir de vous rendre heureux…

Lui, convaincu de sa supériorité, très épris, avait souri de l’aveu juvénile, certain qu’il saurait donner le goût de l’amour à cette enfant, qui l’ignorait… Il le lui avait révélé… Et sur elle, alors, s’était abattu le sentiment désespéré que si elle avait su… jamais, ne pouvant être à Jean, elle ne se serait donnée à un autre…

Il était trop tard pour revenir en arrière, et pendant ses quelques mois de mariage, scrupuleusement, elle s’était montrée l’épouse qu’elle avait juré d’être… Puis la destinée l’avait soudain libérée, lui permettant de n’appartenir qu’à elle-même, de disposer de son cœur, où reposait, comme en une tombe très chère, le souvenir de son jeune amour.

Et voici que, par un prodige incroyable, l’impossible lui est offert… Devenir la femme de Jean ! Devant cette vision, combien, tout à coup, lui apparaissent, misérables, la joie de son indépendance, de son travail… la fière jouissance de créer son avenir et celui de Bobby… Que c’est peu !… Si peu…

Ah ! quelle gratitude passionnée, elle lui a, de son élan vers elle !

Et tout bas, elle murmure :

— Jean, mon Jean, comme je vous adore !…

Un rayon de soleil a glissé sur la lettre et elle la contemple avec la sensation que le bonheur, soudain, est là, devant elle, à sa portée, que d’elle seule, il dépend de le saisir…

Ce qu’elle va répondre, elle n’y pense même pas ! La merveilleuse demande absorbe tout en elle.

La grille du jardin tinte. Bobby rentre avec Mme Hatzfeld, chargée de ses humbles achats de ménagère.