« Jean, vous vous illusionnez en croyant que, seule, je puis vous donner le bonheur. Cherchez-le, ce bonheur que je vous veux et qui sera le mien aussi, auprès d’une jeune créature chez qui vous trouverez une jolie âme neuve. Son juvénile amour vous fera bien vite oublier le cœur attristé de votre compagne d’enfance, qui ne doit plus être qu’une veuve fidèle et une mère.
« Merci encore, Jean, et toujours à vous, fidèlement, mon inaltérable affection.
« H… »
Elle a écrit d’un jet et signé. Puis elle laisse tomber la plume. Brisée, elle murmure :
— Il me semble que je viens de m’arracher le cœur ! Mais il le fallait.
Elle en est certaine. Et pourtant, comme il lui paraît monstrueux de repousser le bonheur venu à elle, pour de misérables questions de dignité, d’orgueil, si vaines ! N’est-ce pas fou ce qu’elle fait là ?
Sur le bureau, traîne la lettre de Barcane. Elle n’a guère pensé à y répondre. Par hasard, elle l’aperçoit. Alors, d’une impulsion irraisonnée, elle prend une carte et commence :
« Oui, venez me voir, nous causerons… »
XIX
Vraiment, elle est tout à fait réussie, la fête de charité — pour les « Veuves des naufragés » — qu’a organisée la fantaisiste mère de Nicole, la baronne de Branzac.