— Oui, j’ai eu quelques difficultés… Mais cela ne m’ennuie pas du tout, Nicole, de monter avec vous. Je suis toujours content de vous être agréable !
— Mon cher petit Jean, fait-elle gentille, ne songez pas à vos soucis !… Ça n’y change rien !… Pensez seulement que c’est un plaisir des dieux de galoper sur un beau cheval ! On plane vraiment et on oublie ce qu’il y a de vilain et de méchant dans le monde…
— Que je voudrais avoir, Nicole, une philosophie qui vous est si facile !
La figure menue devient, une seconde, presque grave.
— Pas tant que vous l’imaginez !… Aujourd’hui, moi aussi, je serais volontiers d’une humeur de dogue… J’ai reçu d’Hubert une lettre qui ne me plaît pas du tout… J’étais prête à en pleurer, quand j’ai réfléchi que ce serait bien inutile !… Jean, consolons-nous ensemble, en faisant de la haute école.
Ah ! oui, il en a des « embêtements », comme dit Nicole. Même plus, il porte en lui une vraie souffrance depuis qu’il a reçu la lettre d’Hélène, il y a trois jours. Habitué à toujours obtenir ce qu’il veut, il n’avait pas pensé qu’Hélène pourrait se dérober devant une prière vraiment montée du meilleur de lui-même… L’amour qu’elle lui a inspiré est si sincère et si fort !
Comment ne l’a-t-elle pas senti !… Pourquoi lui a-t-elle répondu par les lignes cruelles — et vibrantes d’affection — qui le repoussent ?… Les lignes, qu’après la douloureuse déception du premier instant, il s’est pris à relire, à méditer, à interroger passionnément, cherchant le secret de la pensée qui les a dictées.
Se refuse-t-elle parce qu’elle ne l’aime pas d’amour ? Parce qu’elle veut rester fidèle au souvenir de l’homme qu’elle a jadis épousé ?… Les idéalistes comme elle, se créent parfois de si étranges devoirs… Ou, peut-être, elle redoute de déplaire à Mme Dautheray, dont elle connaît les exigences maternelles ?…
Mais lui, qui n’attache aucune importance à sa fortune, ne s’arrête pas à l’idée d’un pareil scrupule… Quand on aime, est-ce qu’on pense à ces mesquines considérations ?…
Alors, quoi ?… La vérité est donc, comme elle le dit, qu’il lui plaît de garder son indépendance désormais ; que pour lui, elle veut être simplement une amie… A moins encore qu’elle ne réserve sa liberté pour Barcane, dont elle goûte le talent et qui, lui, sait, quand il le veut, se faire aimer !