Soit ! Il faut donc oublier le rêve dont il s’est un moment enivré… Un mauvais instinct le pousse à rendre indifférence pour indifférence. Pourquoi, après tout, n’épouserait-il pas Sabine ? Il est stupide avec ses hésitations !

Et, dans son désarroi, il est sorti, avide de la retrouver… Il sait bien qu’à l’heure du bain, elle est certainement sur la plage.

En effet, déjà, elle y est arrivée. Mais elle n’y est pas seule. A l’ombre du grand parasol rayé d’orange, le duc de Bresmes lui parle, debout devant elle, assise, qui le regarde entre les cils, avec l’air, pense Jean brutal, « d’une fille qui cherche une proie ». Et l’impression est si forte, qu’une seconde, l’aveugle tentation gronde en lui de souffleter Bresmes et de la meurtrir, elle, sous une main violente, pour la rappeler au respect d’elle-même.

Se maîtrisant, d’un sursaut de volonté, il s’est enfui chez lui pour y trouver sa mère, tout agitée d’une conversation avec Mme de Serves, qui est venue s’enquérir des sentiments de Jean pour Madeleine. Car elle est très sollicitée d’autres parts…

Les nerfs tendus jusqu’à l’exaspération, Jean, contre toutes ses habitudes, s’est emporté et a déclaré « que la jeune Madeleine aille au diable » et « qu’on lui f… la paix avec le mariage ».

Mme Dautheray, terrifiée, s’est réfugiée dans un silence gros de larmes, pensant que Jean ressemble de plus en plus à son père, à qui elle ne savait qu’obéir…

Quand ils se sont revus à l’heure du déjeuner, en compagnie de M. Desmoutières, un peu solennel, Jean était redevenu calme, s’excusant de sa vivacité, mais, pas gai, les yeux assombris par quelque préoccupation grave. Et certes, elle n’a pas osé le questionner. Maintenant, il l’intimide.

Mais elle a constaté avec satisfaction qu’il se rendait à la fête foraine de Mme de Branzac, où il va retrouver Madeleine. Et alors… que sait-on ?

Elle ne se doute pas qu’il y est allé par courtoisie, pour ne pas faire manquer un numéro ; et qu’il attend comme une délivrance, le moment où il aura fini de parader pour les malheureux… A Madeleine, il ne pense même pas.

Cependant, Marise de Lacroix préside encore au buffet, où elle est exquise, costumée en fermière de Greuze, assistée d’un essaim de jolies filles travesties, parmi lesquelles Sabine, qui ressemble à un Lancret, et la fiancée d’Hugues de Champtereux, radieuse sous son bonnet de dentelle. Madeleine de Serves est là aussi ; affairée, avec sa mine de fillette sage, à rendre la monnaie et à établir les comptes auxquels Marise n’entend rien. Or, l’affluence ne diminue pas autour du buffet, quoique la journée avance.