Elle jette un regard autour d’elle avant de s’éloigner. Jean, son rôle terminé, au Cirque, est là-bas, auprès d’un de ses nombreux flirts, la brune Mercédès del Ferias. Devant Marise, tous deux lèvent alors leur coupe de champagne. Elle est certaine qu’il l’a vue prête à sortir avec le duc, car il a eu un froncement dur des sourcils, ce pli presque dédaigneux des lèvres qu’elle connaît bien quand Bresmes s’occupe d’elle. Pourtant, il n’essaie pas de les arrêter en les rejoignant. Et elle a l’impression d’un abîme entre eux. Décidément, il n’est plus le même depuis son voyage en Alsace ! Même physiquement, il semble avoir changé, mûri, en ces quelques jours. Ses traits ont pris soudain des lignes fermes et sérieuses dont elle est frappée, tandis qu’elle l’enveloppe d’un dernier regard.

— Mademoiselle Sabine, venez vite, sans quoi vous allez être retenue par quelque fâcheux ! murmure Bresmes qui, impérieusement, la veut, enfin, pour lui seul.

En silence, elle le suit et se laisse emmener vers les allées du parc fermées à la kermesse, où règne un calme qui semble infini. Elle ne parle pas. Ses talons broient le sable comme si elle écrasait quelque chose. Ses yeux contemplent la mer qui est une nappe empourprée, sous la féerie du couchant.

— Sabine, qu’avez-vous ? Ce n’est pas seulement de la fatigue que vous éprouvez, vous êtes triste.

Elle a un ironique sourire :

— Il y a des jours où l’on sent plus fort combien la vie est méchante, acharnée à faire mal aux êtres.

Avec une espèce de gravité ardente, il prie :

— Consentez à vous confier à moi, et je vous jure bien que la vie deviendra bonne pour vous ! Je m’y emploierai de tout mon pouvoir, car je vous adore ! Sabine.

Elle n’a pas un mouvement, à peine un frisson des épaules sous la mante soyeuse. Depuis qu’elle a accepté cette promenade solitaire avec François de Bresmes, elle a la certitude qu’elle touche à l’heure où sa destinée va se décider.

— Sabine, je vous offre toute mon existence pour avoir le droit de faire la vôtre aussi heureuse qu’il dépendra de ma volonté et de mon amour…