Elle ne répond toujours pas. Sa tête s’est un peu penchée ; elle regarde encore vers la mer, où moussent de petites vagues ourlées d’or… Ses lèvres demeurent serrées comme par un sceau. Nul ne saura jamais que, en cette minute, un sanglot gronde en son cœur, qui se débat dans un élan de révolte. Désespérée, elle pense :

— Oh ! pourquoi n’est-ce pas Jean qui me parle ainsi ?

Bresmes est troublé de ce silence qui l’effraie, et pourtant lui laisse quelque espoir. Si elle était résolue à se refuser, elle n’attendrait pas ainsi pour répondre… Est-elle donc touchée de sa prière suppliante ?… Elle n’a pas dit non… Un aveugle sentiment de triomphe l’exalte… Ah ! comme le démon de midi est son maître !

Pourtant, il ne s’illusionne pas. Il a la vision nette — lui qui connaît leur monde — de ce qu’elle sera, devenue duchesse de Bresmes ; courtisée, adulée, tentée à tout instant ; et s’il ne trouve pas le secret de la garder à lui, elle se donnera à celui qui éveillera en elle, le vertige où sombre divinement la fragilité de la femme…

De tout cela, il ne doute pas… Et cependant, il implore, dominé par l’inflexible volonté de la conquérir :

— Sabine, voulez-vous me faire l’immense honneur de devenir ma femme ?

Les lèvres closes s’entr’ouvrent enfin, et Bresmes a peur, maintenant, des mots qui vont en tomber. Lentement, elle articule :

— Oui, je trouverais doux de m’abandonner à votre protection… Mais un tel sentiment vous suffirait-il ?

— Tout ce que vous m’accorderez, Sabine, sera pour moi un don sans pareil, et je vous envelopperai de tant de passion que vous ne regretterez pas les années que j’ai en plus des vôtres…, qui peut-être vous effraient !

Elle le regarde. La flamme qui luit sur son visage efface vraiment, en cette minute, toute preuve des vingt années qui les séparent. Il est encore le beau cavalier dont les victoires ont été légion.