D’un geste machinal, elle serre son écharpe sur ses épaules et sort… Il la suit, sans un mot. La nuit, soudain, les enveloppe. Alors, la voix brève, elle prononce âprement :

— Écoutez-moi, Jean. J’épouse M. de Bresmes, non parce que je suis à vendre, comme vous avez osé me le dire, mais parce qu’il m’a offert l’adoration et le luxe dont je ne puis me passer.

Rude, les dents serrées, il murmure :

— Oui, s’il était pauvre, vous ne l’épouseriez pas !

Elle ne relève pas les mots et continue :

— … Parce que je ne pouvais plus supporter l’odieuse existence de fille à marier que je mène depuis… trop d’années déjà !… Parce que j’étais arrivée au moment où il me fallait en finir… La solution que je voulais s’est présentée de telle sorte qu’elle réalise tout ce que je pouvais souhaiter… Et j’ai consenti, consciente de faire… ce à quoi j’étais destinée…

— Une vilaine action ! articule la voix impitoyable de Jean.

Dans l’ombre de la nuit tiède, il voit un éclair courir dans les yeux qui restent attachés aux siens ; et, durement, elle achève :

— En somme, je m’engage dans la voie qui, d’après mon éducation, mon milieu et mon origine, devait nécessairement être la mienne… Celle où a marché ma mère, celle que suivent toutes les femmes de notre monde… J’ai atteint le but où je voulais arriver… Tout est bien ainsi.

Les yeux de Jean sont devenus graves, adoucis par la pitié. Il pose la main sur l’épaule qu’il voit trembler.