Les paroles de sa mère surgissent en son souvenir, et il a la certitude qu’elle a dit vrai. Cette fillette, encouragée par les agissements maternels, s’attache à lui, bien inutilement.
Et parce qu’il n’ignore plus, maintenant, ce que c’est d’espérer en vain, il se sent pris de compassion pour elle qui suit une chimère.
Toujours, il lui a été insupportable de sentir ou de voir souffrir un être ; et il est navré du chagrin que l’imprudence des deux mères va causer à ce jeune être.
Tout à coup, comme un devoir, s’impose à lui la nécessité qu’elle apprenne la vérité pour ne pas se leurrer plus longtemps.
Ils marchent lentement à travers la prairie ensoleillée où leurs ombres s’allongent toutes bleues. Résolu, avec une douceur amicale et sérieuse, il reprend :
— Vous avez bien deviné, petite fille. J’ai été triste car je viens d’éprouver une très cruelle déception.
— Oh ! Jean, que je suis désolée ! dit-elle passionnément.
— Parce que vous avez un cœur exquis. Aussi je vais vous confier quelque chose que je n’ai dit à personne et dont je vous prie de me garder le secret… absolu. Mais je crois qu’il vaut mieux que vous sachiez, pour vous expliquer ma conduite envers vous.
Elle est devenue toute blanche et ses prunelles interrogent intensément. La brise soulève les cheveux dorés autour du visage qu’ils nimbent. Il l’entend murmurer :
— Oh ! Jean, qu’allez-vous donc m’apprendre ?