— Madeleine, ne soyez pas injuste envers vous-même ! Vous savez maintenant pourquoi je voulais rester libre. Quand on a le cœur plein d’un être on ne peut songer à aucun autre, si charmant soit-il…
Un sourire sceptique effleure les lèvres qui n’en ont jamais connu de pareil. Elle répond, et son jeune visage est si sérieux qu’elle semble une nouvelle Madeleine :
— Vous avez bien raison d’être fidèle… malgré tout !… C’est seulement malheureux pour moi que nos mères aient ignoré… ce qui était… La manière d’être de maman m’avait accoutumée à la pensée que vous seriez… celui qui m’apporterait le bonheur que, toutes à nos âges, nous attendons avec tant de foi ! Et maintenant, c’est dur de renoncer à un espoir qui… était bon !
Elle s’arrête, mordant ses lèvres qui se contractent un peu, comme celles d’un enfant prêt à pleurer.
Jean est au supplice et stupéfait de l’entendre parler de la sorte. Jamais elle ne s’était révélée telle. Il voudrait lui dire les mots qui consolent, qui, tout au moins, engourdissent l’angoisse de la déception. Mais ceux-là mêmes, il ne peut les prononcer… Et, en son for intérieur, il est exaspéré contre l’imprudence de Mme de Serves et l’égoïsme de sa mère, qui, toutes deux, pour réaliser leurs projets, ont joué la paix de ce cœur d’enfant…
Alors, affectueux, il reprend :
— Petite Madeleine, je suis navré d’être pour vous la cause d’un moment de tristesse. Ne me faites pas regretter de vous avoir dit la vérité, parce qu’il me semblait plus… loyal que vous ne l’ignoriez pas…
— Oui, c’est mieux ainsi… Car, n’est-ce pas ?…
Elle s’arrête, regardant la prairie ensoleillée où elle a tant de chagrin ; puis les yeux levés vers Jean, elle interroge :
— … car, n’est-ce pas, je n’ai plus rien à espérer ?… Jamais je ne pourrai vous la faire oublier, elle ?…