Il prend la main qui chiffonne fiévreusement la robe blanche.

— Quand serai-je capable d’oublier !… Petite Madeleine, pour votre bonheur, que je désire bien fort, il ne faut plus penser à ce qui, sans doute, restera irréalisable… Sûrement, un autre viendra bientôt, qui vaudra beaucoup plus que moi ; et, libre de son cœur, vous aimera comme vous méritez si bien de l’être !… Nous deux, nous demeurerons de très bons amis, confiants l’un dans l’autre, heureux de tout ce qui nous arrivera de bon à l’un ou à l’autre… Toujours, Madeleine, je me souviendrai, moi, que vous vouliez bien me donner un trésor… Mais il ne m’était pas possible de le recevoir.

Elle l’écoute immobile. Une désolation infinie l’écrase et l’affole tout bas. C’est la première fois, dans son existence d’enfant gâtée, qu’elle voit son affection repoussée ; et elle s’étonne, en son inexpérience, qu’une épreuve si cruelle puisse l’atteindre, sans qu’elle l’ait méritée…

Elle sent aussi que Jean voudrait lui faire du bien ; et si elle s’abandonnait au mouvement qui frémit en elle, comme un bébé, elle se jetterait dans ses bras, pour qu’il berce sa peine… Mais elle est beaucoup trop bien élevée pour se conduire aussi ridiculement et elle sait très bien que, seule, elle doit porter son chagrin.

Dans leur distraite promenade, ils ont atteint la grand’route qui va la ramener chez elle, à Blonville. De sa raquette pendante, elle frôle les herbes qui bordent le sentier. Une dernière question s’échappe de ses lèvres :

— Est-ce que vous allez la revoir, elle ?

— Sûrement, oui.

— Bientôt ?

— A l’automne, quand je serai de retour à Paris.

— Et vous recommencerez à plaider votre cause ?