Jean, qui s’était levé à l’arrivée de la jeune fille, se rapproche aussitôt de la bergère où elle s’est assise. Elle le regarde évoluer, une lueur dont l’expression est indéfinissable, au fond des yeux de velours, sombres comme les cheveux.

— Qu’est-ce que vous faites donc ? Dautheray.

— Je viens pécher par gourmandise.

Et il se penche sur la main dégantée qui, ivoirine, longue et parfumée, joue avec les plis de satin du manteau. Ses lèvres la couvrent de baisers doux qui, insensiblement, remontent vers le bras, nu très haut, en obéissance à la mode. Elle a écarté son large col de fourrure et, dans l’échancrure, apparaît le cou parfait qu’enserre un étroit cordon de perles.

Elle n’a pas un mouvement pour se dérober ; mais elle dit, avec un accent d’ironie caressante qui répète l’expression du regard :

— Vous avez raison, vous êtes très gourmand.

— Cela vous contrarie ? interroge-t-il, hardiment.

Elle avoue avec une aisance provocante :

— Non, cela m’amuse.

— Moi aussi, cela m’amuse… Ou plutôt, non, le terme n’est pas juste… Cela m’enivre… et ne me vaut rien ! Je frôle du satin blanc qui embaume, tout tiède de vie ardente… C’est exquis et cruel !